Assemblée Générale du Maine et Loire 12 mars 2016

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Les Pupilles de la Nation – Orphelins de guerre et du devoir saisissent le Défenseur des Droits

Les Pupilles de la Nation – Orphelins de guerre et du devoir, non encore indemnisés, estiment que les décrets du 13 juillet 2000 et du 27 juillet 2004 ont créé une discrimination, probablement la plus douloureuse de notre histoire contemporaine, en accordant par ces deux décrets, une reconnaissance de la souffrance à certains orphelins de guerre et non à tous, alors que dans tous les cas, leur père, leur mère, parfois les deux, sont morts directement ou indirectement du fait de la guerre et au service de la Patrie.

Nous Pupilles de la Nation – Orphelins de guerre et du devoir, nous demandons que notre dossier de reconnaissance aboutisse enfin et que nous soyons TOUS reconnus de FACON EQUITABLE.

Avec les deux décrets déjà institués, les différents responsables gouvernementaux  « indemnisent la souffrance » selon leurs critères ! Pour ces deux décrets, ils se sont réfugiés derrière le caractère spécifique de la souffrance résultant soit de la déportation, soit de la barbarie nazie.

Mais ils n’ont pas compris ! La souffrance morale et psychique EST ! elle ne se chiffre pas comme sur une échelle de la douleur, pourquoi pas une échelle de Richter !!!

Comprenant qu’il y ait « sacralisation » de la déportation, nous continuons cependant à soutenir que la souffrance d’un orphelin, Pupille de la Nation, ne peut être ni inférieure, ni supérieure à celle d’un autre !

Nos revendications, d’ orphelins – Pupilles de la Nation non considérés par ces décrets, sont donc légitimes.

Nous ne demandions rien et alors que nous avions construit, vaille que vaille avec nos souffrances d’orphelins, nos vies, ces deux décrets indemnisant une catégorie d’orphelins, ont ravivé notre deuil.

Nous « les oubliés de l’histoire » considérons que nous subissons un « pretium doloris » qui, selon un des principes essentiels du droit, doit être réparé afin que nous soyons apaisés et que nos parents morts, ne soient pas des morts au rabais !

Le loi de Georges Clémenceau instituait le « statut unique de Pupille de la   Nation » – il faut donc désormais, et afin de sortir de l’impasse injuste, définir dans ce statut du Pupille de la Nation, une EQUITE MORALE, terme apaisant et juste, avec des modalités financières non pénalisantes pour les uns et les autres.

Notre Président National de l’Association des Pupilles de la Nation, Orphelin de Guerre et du Devoir – ANPNOGD –  Maître André Lefebvre se bat bec et ongles depuis de nombreuses années, avec nous à ses côtés,  pour obtenir simplement ce qui a été accordé aux autres orphelins.

MON TEMOIGNAGE D’ORPHELIN DE GUERRE – « Au nom de tous mes frères et sœurs de souffrance, petits orphelins, Pupilles de la Nation – Oubliés de l’histoire »

Je suis un orphelin de la guerre d’Indochine.

J’avais 4 ans ce 26 Juillet 1954, mes frères 6 ans et 2 ans, lorsque notre père fut tué.

Mon père, héros de la Deuxième Guerre Mondiale, fut abattu par ses adversaires parce qu’étant blessé à la jambe, fait prisonnier, il ne marchait pas assez vite : l’Armistice était signé.

Mon père était Lieutenant âgé de 34 ans et je le pleure toujours comme lorsque j’étais enfant (en cachette car un garçon ne doit pas pleurer !) ; Je sais qu’il est au-dessus de mon épaule et qu’il me dicte cette lettre et je pleure en écrivant ces lignes.

Comprenez, que la douleur et la souffrance des enfants que nous étions sont toujours aussi fortes ; J’en veux pour preuve le fait qu’en 2005 (alors âgé de 55 ans je fus terrassé par un AVC qui m’a laissé lourdement handicapé) au Centre de Réadaptation où je fus hospitalisé plusieurs mois, je pleurais tous les jours la mort de mon père ; Je fus obligé de consulter un psychologue afin que je puisse parler et raconter mon histoire : paroles de petit orphelin de guerre ressorties 51 ans après !

Enfant de troupe, engagé volontaire à 18 ans en 1938, prisonnier, évadé sous un train, passé en Afrique du Nord, mon père, Pierre Meinvielle, a fait la Campagne de Tunisie (dont Churchill a dit que c’était l’équivalent de la défaite de Stalingrad pour l’Allemagne) puis Monte Cassino où il fut blessé ; puis le débarquement en Provence à Saint Tropez, avec le Maréchal De Lattre de Tassigny – Rhin et Danube – puis il fut nommé officier à l’école militaire de Cherchell.

Marié en 1946 – il a trois enfants.

Il part en Indochine en 1952 (mon plus jeune frère avait 15 jours et fut baptisé en hâte avant son départ) – Deux années sans une seule permission pour revoir sa femme et ses jeunes enfants.

Lors de son départ pour l’Indochine, sur le quai de la gare à Bayonne en 1952, mon père a dit à mon grand-père paternel : « Si je ne reviens pas, vous direz à mes enfants que j’ai toujours fait mon Devoir. »

Blessé, il fut porté disparu pendant 8 mois avant que ma mère n’apprenne la tragédie ; Son corps n’a jamais été retrouvé.

Puis j’ai eu 7 ans, l’âge de raison ! Je me mettais au garde-à-vous devant sa photographie, dans la chambre de ma mère !

Ma mère, jeune veuve, ayant repris son métier de Professeur de Mathématiques pour élever ses trois enfants, se fit un jour traiter, dans la salle des profs. de « femme d’assassin ! », traumatisée, elle répondit : « non, femme d’assassiné ! ». Ma mère âgée aujourd’hui de 94 ans pleure toujours la mort de son mari.

Voyez, comme mon « cas d’orphelin – Pupilles de la Nation » relève bien du « critère de barbarie » car mon père fut assassiné sur le bas côté du chemin alors qu’il avait été fait prisonnier et que l’Armistice était signé, mais mon « cas d’orphelin – pupille de la Nation » ne relève pas du conflit de la Seconde guerre mondiale donc n’est pas concerné par le décret institué en 2004 !

Je pourrais vous citer une multitude d’exemples de la sorte qui prouverait la rupture d’égalité entre tous les Pupilles de la Nation !

Etant adhérent à l’Association Nationale des Pupilles de la Nation, Orphelins de Guerre et du Devoir, j’ai accepté, malgré le lourd handicap et le fauteuil roulant, de prendre la présidence de la Délégation du Maine et Loire.

L’adhésion que nous prenons au sein de notre Association n’est pas qu’une adhésion bassement mercantile et pécuniaire, mais notre engagement est là aussi pour entretenir le devoir de mémoire, qui pour nous est sacré.

Mon père n’est pas « mort pour rien » ! (Car certains orphelins de guerre, non encore concernés par les décrets d’indemnisation actuels, me font cette réflexion terrible : « alors nos parents sont morts pour rien » !).

Mon père, nos pères, ne sont pas morts pour rien mais parce qu’ils ont fait leur devoir.

Notre souffrance si longtemps portée ne nous diminue pas mais nous rend plus forts ! Aussi, nous lutterons jusqu’à ce que justice nous soit rendue !

 

A Varennes sur Loire, le 11 mars 2016 – Christian MEINVIELLE

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Article paru dans la presse

Merci à Monsieur Jean Luc Péribois

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