Une stèle nazie érigée au Pays de Bitche

Aussi choquant que cela soit, des héritiers de la 17e SS Panzergrenadier Division ont érigé une stèle en l’honneur des soldats nazis, sur une parcelle privée, dans un pré, dans un village du Pays de Bitche.

 

Des rassemblements de sympathisants d’extrême droite ont lieu de temps en temps au Pays de Bitche. Dernier exemple connu en date, en février, à Lengelsheim, modeste village de 240 habitants. Dans une grange privée, une fête avait réuni entre 300 et 400 personnes jusqu’à minuit. « Il y avait des voitures partout, du bruit et de « drôles » de cris en allemand », racontaient des voisins. « Ils avaient tous des tee-shirts noirs, des tatouages, ils prononçaient des expressions typiques », témoignait alors Michel Behr, le maire. Mais aucun trouble à l’ordre public n’avait été constaté par les gendarmes. L’affaire en était donc restée là.

Dans un champ privé

Mais un autre village au nord de Bitche est aujourd’hui secoué par la construction d’une stèle en l’honneur de SS, sur un terrain privé, dans un champ fréquenté par les promeneurs, au pied d’une haie. « La parcelle appartient à une famille allemande », confirme un élu. « C’est un cousin qui est tombé dessus, en allant se promener. Le monument vient sans doute d’être installé. Le ciment est encore frais. Les fleurs ne sont pas fanées, les rubans noir et rouge encore bien colorés », raconte un habitant, révolté. Aussi choquant que cela puisse être, des héritiers de la 17e SS Panzergrenadier Division sont à l’initiative de ce monument, qui met en avant la devise « Drauf, dran und durch », qui signifie « En avant, on y va, à travers ». Ou tête baissée.

124 tués

Durant la Seconde Guerre mondiale, le 25 août 1944, la 17e SS Panzergrenadier Division s’est notamment illustrée dans le massacre de Maillé, en Indre-et-Loire, où 124 habitants ont été tués. L’historien Peter Lieb estime qu’il est très probable que les responsables soient des hommes du Feld-Ersatz-Bataillon (bataillon de réserve) de la 17e Panzergrenadier Division SS Götz von Berlichingen 13, cantonnés à Châtellerault. Selon un document découvert après 1995, le sous-lieutenant Gustav Schlüter a été condamné à mort par contumace par le tribunal militaire de Bordeaux en 1952, lors d’un procès sans témoin. Il est mort chez lui en Allemagne en 1965, sans être inquiété.

Les crimes de guerre étant imprescriptibles en Allemagne, la justice allemande possède un droit d’initiative. Le procureur général de Dortmund, Ulrich Maass, a rouvert officiellement une enquête le 1er  août 2005.

Mais le parquet allemand a classé l’affaire sans suite au début de l’année 2017, faute de coupables – peut-être tous morts aujourd’hui – et de preuves.

Froid dans le dos

« Le crime du 25 août 1944, jour de la Libération de Paris, a été oublié dans ce creux de vallon de Touraine », s’effraie un habitant du village voisin. « Pourquoi ? Il est le deuxième épisode le plus sanglant de la Seconde Guerre mondiale, après Oradour-sur-Glane et ses 642 victimes. Devons-nous tolérer que des descendants de la 17e  SS Panzergrenadier Division en fassent l’éloge ? Par respect pour ceux qui ont été massacrés à Maillé, cette stèle est intolérable. »

Lui a froid dans le dos. Il envisage de déposer plainte. « Mon père a fait la guerre. Il a été fait prisonnier. Il en est mort prématurément. »

 

Stèle nazie au Pays de Bitche : enquête ouverte pour apologie de crimes contre l’humanité

 

Au-delà du Pays de Bitche, l’émoi est grand, après la découverte, sur un terrain privé, près d’un chemin emprunté par des marcheurs, d’une stèle qui célèbre la 17e SS Panzergrenadier Division, dont une unité est suspectée d’avoir massacré 124 habitants du village de Maillé (Indre-et-Loire) le 25 août 1944.

Dans un communiqué, le secrétaire départemental du Parti communiste de Moselle, Jacques Maréchal, a exprimé sa « profonde colère et (son) indignation ». Il écrit : « Ces faits sont d’une extrême gravité et appellent une réponse à la hauteur du scandale et de l’insulte à la République, à ses idéaux et à toutes les victimes de la guerre et du nazisme. Cette stèle doit être démontée dans les meilleurs délais, chaque jour qui passe est un affront supplémentaire. Le trouble manifeste de l’ordre public existe. Les auteurs et complices doivent être poursuivis par la justice. »

Cet après-midi, une enquête pour apologie de crimes contre l’humanité a été ouverte par le parquet du tribunal de Sarreguemines. La plaque « est située dans un champ, propriété privée d’un Allemand qui vit en Allemagne, affirme le procureur de Sarreguemines, Jean-Luc Jaeg, que nous venons de contacter. Elle est visible des promeneurs. Il s’agit donc d’un trouble manifeste à l’ordre public. »

L’enquête a été confiée à la brigade de recherches de la gendarmerie de Sarreguemines, ainsi qu’à l’Office central de lutte contre les crimes contre l’humanité, les génocides et crimes de guerre. La stèle, dont on ignore quand elle a été posée, a été saisie cet après-midi par les gendarmes pour les besoins de l’enquête. « Il s’agit d’une pièce à conviction », précise le procureur de la République. La découverte d’un tel monument « n’est pas commune, mais il y a déjà eu par le passé des rassemblements de néo-nazis et de sympathisants du IIIe Reich au Pays de Bitche ».

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